SUR LA ROUTE DU FEU: ADAM BOGEY

Overview

A l’occasion de sa première exposition personnelle à la galerie Pauline Pavec, l’artiste franco-mexicain Adam Bogey dévoile les dernières recherches issues de sa série des Fuegos [Feux], démarche picturale débutée en 2020 et marquée par un dévouement total à un unique motif : le ciel.

 

Évoquant des paysages atmosphériques de haute altitude, les cinq toiles présentées dans l’exposition sont envahies de nuages embrasés. Réalisées à l’aide de pastel gras dont les couleurs pures accentuent les effets de contraste, les nébuleuses sombres zébrées de rouge et de bleu profond détonnent face à l’éclat des trouées de lumière. Ébouriffées, chargées de pluie et de tonnerre, celles-ci menacent à tout instant de se résoudre en orage et d’épancher leur violence régénératrice. Adam Bogey met en scène une dramaturgie cosmique où se découvre, entre effroi et exaltation, la vision d’une nature fougueuse et primitive qui, dans un climax momentané, augure un futur incertain et nous plonge dans une méditation abyssale sur les forces qui régissent le monde.

 

Ce sentiment vertigineux, accentué par l’exubérance des couleurs et la profondeur du champ pictural, est redoublé par l’absence de perspective et d’horizon qui évacue tout sentiment d’échelle et de repère, obligeant le regardeur à naviguer dans un océan stellaire en pleine déperdition. Les formats étroits et génériques, accrochés tantôt à l’horizontale tantôt à la verticale, canalisent la vitesse et le déroulement du regard de l’observateur qui se voit contraint de se déplacer dans le tableau en zigzaguant cahin-caha de droite à gauche ou de haut en bas. Plutôt que de nous entraîner dans l’immense continuum céleste, hors de l’espace pictural, à l’instar des paysages all-over d’un artiste comme Jon Schueler, les toiles longilignes d’Adam Bogey ont été pensées comme des meurtrières, confinant le regard à l’intérieur du cadre et malmenant le visiteur dans un huit clos étouffant et sublime.

 

Sur fond de conjecture métaphorique et prophétique, Adam Bogey fait du ciel le prétexte d’une réflexion profonde sur la peinture. En s’adonnant de manière compulsive et sérielle à ce même sujet depuis plus de trois ans et en travaillant à partir d’une iconographie impersonnelle issue d’un thésaurus d’images le plus souvent trouvées sur Internet, l’artiste évacue tout système auctorial ou idiosyncrasique. N’utilisant que du pastel appliqué sur des toiles libres directement à la main, sans le truchement de l’outil, il instaure un retour aux fondements de l’art et pose les conditions de la possibilité d’une peinture qui, comme son motif (le nuage est ordinaire et peut être observé par tous), présente une universalité d’appréciation communément partagée. C’est ainsi qu’au-delà du romantisme kitsch qu’elles peuvent évoquer, les œuvres de l’exposition invitent à une réflexion kantienne très actuelle sur l’essence de l’art et sur ses capacités, encore aujourd’hui, à créer un espace commun, apte à réinventer le monde.

 

Roxane Ilias, historienne de l'art et chercheuse

 


 

For his first solo show at the Pauline Pavec gallery, Franco-Mexican artist Adam Bogey unveils the latest research from his Fuegos [Fires] series, a pictorial approach begun in 2020 and marked by total dedication to a single motif: the sky. Evoking high-altitude atmospheric landscapes, the five canvases presented in the exhibition are invaded by flaming clouds. Painted in oil pastel with pure colours that accentuate the effects of contrast, the dark nebulae streaked with red and deep blue stand out against the brightness of the gaps in the light. Dishevelled, laden with rain and thunder, they threaten at any moment to turn into a storm and unleash their regenerative violence. Adam Bogey stages a cosmic dramaturgy in which we discover, between dread and exaltation, the vision of a fiery and primitive nature which, in a momentary climax, augurs an uncertain future and plunges us into an abysmal meditation on the forces that govern the world.

 

This vertiginous feeling, accentuated by the exuberance of the colours and the depth of the pictorial field, is redoubled by the absence of perspective and horizon, which removes any sense of scale or reference point, forcing the viewer to navigate in a stellar ocean of loss. The narrow, generic formats, sometimes hung horizontally and sometimes vertically, channel the speed and unfolding of the viewer's gaze, forcing him or her to zigzag through the painting from right to left or top to bottom. Rather than draging us into the immense celestial continuum, out of pictorial space, like the all-over landscapes of an artist like Jon Schueler, Adam Bogey's long canvases have been conceived as loopholes, confining the gaze within the frame and maltreating the visitor in a stifling and sublime eight clos.

 

Against a backdrop of metaphorical and prophetic conjecture, Adam Bogey uses the sky as a pretext for a profound reflection on painting. By devoting himself compulsively and serially to this same subject for over three years, and working from an impersonal iconography drawn from a thesaurus of images most often found on the Internet, the artist evacuates any auctorial or idiosyncratic system. Using only pastel applied to free canvases directly by hand, without the aid of tools, he establishes a return to the foundations of art and sets the conditions for the possibility of a painting which, like its motif (the cloud is ordinary and can be observed by everyone), presents a universality of appreciation that is commonly shared. Beyond the kitsch romanticism that they may evoke, the works in the exhibition invite us to reflect on the very essence of art and its capacity, even today, to create a shared space capable of reinventing the world.

 

Roxane Ilias, art historian

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