ART PARIS: MADELEINE DINÈS | MAURICE DENIS

Grand Palais, 13 Avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris, 9 - 12 Avril 2026 
Présentation
C8 12h | 20h
À l’occasion d’Art Paris et du 120e anniversaire de la naissance de Madeleine Dinès, la galerie Pavec met son œuvre à l’honneur en mettant en regard une vingtaine de ses peintures avec un ensemble de dessins réalisés par son père, Maurice Denis, la représentant à différents âges de sa vie. Cette présentation met ainsi en lumière la transmission et l’évolution d’une sensibilité artistique au sein d’une même famille.
 
Dès son adolescence, Madeleine Dinès ressent un profond désir de peindre. Bien qu’en conflit avec le catholicisme strict de son père, elle rejoint ses ateliers d’art sacré et se forme à la peinture, avant de fréquenter la Grande Chaumière, l’Académie Ranson et le Bateau-Lavoir. Dès les années 1920, elle s’émancipe sous le pseudonyme « Dinès ». Athée, elle s’éloigne des thèmes spirituels et mythologiques chers à Maurice Denis comme des avant-gardes, développant une œuvre intime, réaliste et traversée d’une poésie étrange. En 1934, elle épouse le poète Jean Follain, avec qui elle entretient une relation indépendante, tout en cherchant à affirmer sa propre identité artistique.
 
De la nature morte à l’autoportrait, en passant par les paysages et les scènes d’intérieur, son travail explore un quotidien empreint de mystère. Le nu y tient une place centrale, comme dans Nu masculin au projecteur ou Jeune femme nue aux chaussettes jaunes, où la lumière crue accentue la solitude et l’introspection. La clarté des compositions et la présence silencieuse des figures dans des espaces baignés de lumière évoquent certaines atmosphères de Edward Hopper, où l’espace devient le lieu d’une intériorité sensible. Cette tonalité se prolonge dans Jeune fille accoudée au piano, tandis que Nature morte aux sept poissons et fleurs rouges confère aux objets ordinaires une dimension énigmatique. Les paysages, tels Fenêtre ouverte à Montparnasse ou La Loire à Sully, déploient quant à eux une profondeur plus intérieure et poétique, frôlant parfois l’atmosphère du Surréalisme.
 
La maternité et la petite enfance constituent un point de dialogue entre l’œuvre de Maurice Denis et celle de Madeleine Dinès.
 
Dès son plus jeune âge, Madeleine fut un des modèle privilégié de son père, seule ou entourée de ses frères et sœurs. Pour Maurice Denis, la peinture est un espace spirituel autant qu’esthétique : la famille n’y est jamais un simple sujet, mais l’expression d’un idéal d’harmonie presque sacré. Les dessins présentés la montrent enfant dans des instants simples et empreints de douceur, révélant la complicité profonde entre père et fille. Cette vision s’incarne également dans des œuvres comme l'Allaitement de Malon, où la maternité est célébrée comme une scène d’amour et de sérénité.
 
À l’inverse, Madeleine Dinès aborde ces mêmes thèmes avec une tonalité plus intérieure et ambivalente. Dans Femme en noir allaitant, la maternité devient un espace de tension silencieuse plutôt qu’une image d’harmonie. Des œuvres telles que Bébé nu assis, tendant les bras ou Poupée dans des draps prolongent cette réflexion : l’enfance y apparaît vulnérable et énigmatique, la poupée se faisant présence troublante, à la frontière entre jeu, substitution et projection maternelle. Il est d’autant plus significatif que Madeleine Dinès n’ait pas eu d’enfant. Qu’il s’agisse d’un choix personnel ou d’un désir d’indépendance, cette absence donne à ces représentations une résonance intime et singulière.
 
Ce contraste éclaire la singularité de leurs regards, pourtant, au-delà de ces différences, une même tendresse circule. Madeleine en témoignera à son tour en s’engageant, après la mort de son père en 1943, dans la préservation et la diffusion de son œuvre, assumant pleinement cet héritage affectif et artistique.