Biography
«  J’ai toujours répondu que ça me paraissait être dans l’ordre des choses. Peut-être parce que les peintures murales ne disparaissent jamais vraiment, elles perdurent sous les couches qui les recouvrent. »

Flora Moscovici est née en 1985, elle vit et travaille à Paris.

En pensant la peinture comme une seconde peau qui épouse aussi bien l’architecture que de multiples supports, les interventions de Flora Mos- covici nous révèlent la profondeur picturale des espaces dans lesquels elle est invitée.

Elle recouvre et révèle simultanément l’environnement et ses usages, en adaptant sa technique en fonction du contexte (pigments appliqués à la brosse, peinture acrylique pulvérisée au pistolet, chaux, tempera...).

La lumière et le vide sont au cœur de sa recherche, permettant d’obser- ver un lieu nu, au-delà de sa fonctionnalité.
Ses peintures modifient la perception de l’espace et convoquent différentes temporalités, celle du geste pictural, la mémoire du lieu, et l’histoire de la peinture entre sacré et vernaculaire.

Le travail de Flora Moscovici a été exposé entre autres, au MAMAC à Nice, au Centre Pompidou à Paris, au Musée des Beaux Arts de Rennes, au Frac Nouvelle-Aquitaine à Bordeaux ou durant le Voyage à Nantes. Elle a aussi réalisé des commandes pour la Villa Albertine à New York, la Maison Hermès, le Ministère de la Culture ou le CNAP.

 


 

Flora Moscovici was born in 1985 and currently resides and works in Paris.

Conceiving painting as a second skin that embraces both architecture and various supports, Flora Moscovici's interventions reveal the pictorial depth of the spaces in which she is invited. Simultaneously covering and exposing the environment and its uses, she adapts her technique according to the context (applying pigments with a brush, using spray acrylic paint, lime, tempera, among others).

Light and emptiness lie at the heart of her exploration, allowing the observation of a space beyond its functionality. Her paintings alter the perception of space and evoke different temporalities—the gestural moment, the memory of the place, and the history of painting, oscillating between the sacred and the vernacular.

Flora Moscovici's work has been exhibited, among other places, at MAMAC in Nice, the Centre Pompidou in Paris, the Museum of Fine Arts in Rennes, the Frac Nouvelle-Aquitaine in Bordeaux, and during the Voyage à Nantes. She has also undertaken commissions for institutions such as Villa Albertine in New York, Maison Hermès, the Ministry of Culture, and the CNAP.

Works
Video
Exhibitions
Texts
Camille Paulhan, Ville Songe.
Texte paru dans le journal de l’exposition. MAMAC, Nice, 2022
 
Depuis plusieurs années, Flora Moscovici imprègne : des bâches, des plafonds, des sols, des vête- ments, des tentures, des autobus, des poteaux, des drapeaux, des cimaises lisses comme des murs de moellons. Ses pigments pénètrent les surfaces, se fondent dans les espaces, font corps avec eux, tolèrent une vie propre, parfois même un certain étiolement au fil du temps. Les peintures de Flora Moscovici ne sont pas, selon la formule consacrée, une «fenêtre ouverture sur». Elles débordent, elles ne tiennent pas en place, et leur puissance colorée se diffuse au-delà des supports : dans nos rétines, peut-être, d’ailleurs. Elles acceptent très bien leur volatilité, leur vibration si singulière.
Quand elle propose des projets in situ, Flora Moscovici cherche des points de départ et les suit sans connaître à l’avance la forme finale. Elle fait des repérages, se promène, photographie, consulte des archives, compose un nuancier mental qui lui permettra par la suite de trouver les meilleures teintes. Pour Ville Songe, elle a choisi de travailler directement sur les murs en béton des terrasses du MAMAC, acceptant les aspérités du support.
Elle opère ici à la brosse, en différents jus teintés de pigments, dont elle imbibe par frottages suc- cessifs la surface monochrome d’origine. Son geste de peintre repose sur la mise en avant de la présence de la main, et pas sur son effacement. Ses grandes peintures assument pleinement leur dimension processuelle, leur lente montée, leurs tâtonnements sans doute, leur achèvement éloigné de leur entame.
Flora Moscovici le sait : la Côte d’Azur, dont l’appellation est d’un usage récent, a fait une utilisation politique de la couleur. L’écrivain Stéphen Liégeard, originaire de Côte-d’Or, étrenne « la Côte d’Azur » dans son ouvrage éponyme (1887) : le « pays bleu », comme qu’il l’appelle également, prend alors sa couleur définitive. L’imagerie publicitaire, touristique, la communication politique suivent, faisant du bleu « azur » ou supposé tel une marque locale. À Nice, la couleur est au fil des années prise d’as- saut par le récit, et c’est ce que Flora Moscovici a décidé de contourner pour mieux l’appréhender. Au MAMAC, elle a pris pour point de départ les teintes si singulières des architectures de la ville. Le béton gris aux aspérités visibles devient pour elle une forme de peau, sur laquelle elle déploie une immense peinture immersive. Dans ses recherches pour Ville Songe, l’artiste s’est penchée sur la façon dont la cité s’est construite en accompagnant l’exotisme promis aux hivernants, notamment en s’inspirant des polychromies des façades de l’Italie voisine. Contrairement à d’autres localités, Nice a inventé son propre esprit pittoresque, dans un syncrétisme architectural composite reposant sur une supposée authenticité.
*Note: Non, la Côte d’Azur n’est pas d’abord bleue. Pour ma part, elle a même d’emblée été profon- dément rouge. Je venais d’arriver à Nice, et je n’avais pas encore vu le front de mer, j’avais décidé de faire un détour par le marché aux fleurs du Cours Saleya. La façade de l’église avait attiré mon attention, son côté peut-être quelque peu carton-pâte, incarnation idéale de ce que j’imaginais de l’architecture niçoise. Une affichette à l’entrée m’indiquait qu’il s’agissait là de la chapelle de la Confrérie de la Très Sainte Trinité et du Saint Suaire, autrement dit des Pénitents Rouges. Ai-je vu, ce jour-là, ne serait-ce qu’un seul Pénitent rouge ? Je ne m’en souviens pas, mais ce sont bien ces robes rouges qui sont aujourd’hui pour moi la meilleure réminiscence colorée que j’ai de Nice. Avoir appris qu’il existait aussi dans la ville des confréries de pénitents bleus, blancs ou noirs n’y change rien. Avoir déboulé sans crier gare quelques minutes après cette découverte, après avoir contourné un simple pilier, sur la - pourtant très azurée - Plage des Ponchettes non plus. La mer Méditerranée me semblait d’ailleurs singulièrement terne au regard de cette révélation aux teintes de coquelicot. Je ne sais pas si Flora Moscovici a de sa propre ville songe une image aussi rouge écrevisse que la mienne ; mais je me plais à imaginer que son titre, au-delà des images d’Épinal étouffantes de la Côte d’Azur, se lit également au pluriel. 
 

 
 

Camille Paulhan, Ville Songe.
Text published in the exhibition journal. MAMAC, Nice, 2022
For several years now, Flora Moscovici has been soaking: tarps, ceilings, floors, clothes, hangings, buses, poles, flags, and smooth picture rails like rubble stone walls. Her pigments penetrate surfaces, blend into spaces, and become one with them, tolerating a life of their own, sometimes even withering away over time. Flora Moscovici's paintings are not, as the saying goes, a "window opening onto". They overflow, they don't hold still, and their colourful power spreads beyond the supports: into our retinas, perhaps, for that matter. They're very willing to accept their volatility, their singular vibration.

When she proposes in situ projects, Flora Moscovici looks for starting points and follows them without knowing the final form in advance. She scouts wander, photographs, consults archives, and composes a mental colour chart that will later enable her to find the best shades. Ville Songe, chose to work directly on the concrete walls of the MAMAC terraces, accepting the roughness of the support.

Here, she works with a brush, using different pigment-tinted juices, which she successively rubs into the original monochrome surface. Her painterly gesture is based on highlighting the presence of the hand, not on erasing it. Her large-scale paintings fully assume their processual dimension, their slow ascent, their undoubted trial and error, and their completion far removed from their beginning.
Flora Moscovici knows: that the Côte d'Azur, whose name is in recent use, has made political use of color. Writer Stéphen Liégeard, a native of the Côte-d'Or, coined the term "Côte d'Azur" in his eponymous book (1887): the "blue country", as he also called it, then took on its definitive colour. The imagery of advertising, tourism and political communication followed, making "Azure" or supposedly "Azure" blue a local brand. In Nice, over the years, the colour has been taken over by the narrative, and this is what Flora Moscovici decided to bypass to get a better grasp of it. At MAMAC, she took as her starting point the distinctive hues of the city's architecture. For her, grey concrete with its visible asperities becomes a form of skin, on which she deploys an immense immersive painting. In her research for Ville Songe, the artist looked at the way the city was built, accompanying the exoticism promised to winterers, notably by drawing inspiration from the polychromatic facades of neighbouring Italy. Unlike other places, Nice has invented its picturesque spirit in a composite architectural syncretism based on supposed authenticity.
*Note: No, the Côte d'Azur doesn't start blue. As far as I'm concerned, the Côte d'Azur has always been a deep shade of red. I'd just arrived in Nice and hadn't yet seen the waterfront, so I decided to make a detour to the Cours Saleya flower market. The façade of the church caught my eye, perhaps a little cardboard paste, the ideal incarnation of what I imagined Nice architecture to be. A sign at the entrance told me that this was the chapel of the Confrérie de la Très Sainte Trinité et du Saint Suaire, otherwise known as the Pénitents Rouges. Did I see even one Red Penitent that day? I don't remember, but it's those red robes that are the most colourful reminder I have of Nice today. Having learned that there were also brotherhoods of blue, white or black penitents in the city doesn't change a thing. Nor did the fact that, a few minutes after this discovery, I'd stumbled without warning around a single pillar onto the - albeit very azure - Plage des Ponchettes. The Mediterranean Sea seemed to me singularly dull in comparison to this poppy-hued revelation. I don't know if Flora Moscovici's image of her city is as crayfish-red as mine, but I like to imagine that her title, beyond the sultry epinal images of the Côte d'Azur, also reads in the plural.