Biographie
Peintre néo-impressionniste, aquarelliste et décoratrice.
Issue d’une famille d’artistes, Jeanne Selmersheim-Desgrange descend du décorateur du Second Empire Gabriel Toudouze. Elle grandit dans un environnement où le dessin occupe une place centrale. Formée très tôt aux arts décoratifs, elle débute dans la création d’objets et de bijoux aux côtés de son premier mari, l’architecte Pierre Selmersheim, acteur majeur du renouveau de l’art décoratif autour de 1900. Après une première période consacrée aux arts appliqués, elle revient à la peinture et trouve dans la technique divisionniste un mode d’expression pleinement adapté à sa sensibilité.
Dès 1909, elle expose régulièrement au Salon des Indépendants, rejoignant le groupe néo-impressionniste, fondé dans les années 1880 autour de Georges Seurat (1859–1891), Paul Signac (1863–1935), Camille Pissarro (1830–1903) et leurs compagnons. Elle s’inscrit ainsi dans la seconde génération du mouvement, aux côtés de Maximilien Luce (1858–1941), Hippolyte Petitjean (1854–1929), Théo Van Rysselberghe (1862–1926), Henry Van de Velde (1863–1957), et, parmi les femmes artistes, Lucie Couturier (1870–1925). En 1909, elle reçoit le prix de la Société d’encouragement à l’art et à l’industrie pour son travail de peintre.
Vers 1912, elle entame une relation amoureuse avec Paul Signac (1863–1935), peintre et théoricien du néo-impressionnisme. Leur complicité dure jusqu’à la mort de Signac en 1935, mêlant intimité personnelle et échanges créatifs. De cette union naît une fille, Ginette, en 1913, que Signac fait adopter par son épouse, Berthe, puisqu’il ne divorça jamais de cette dernière, permettant ainsi à l’enfant d’être reconnue comme sa fille légitime. Du côté de Jeanne, cette liaison, commencée alors qu’elle était mariée et mère de trois enfants, entraîne la rupture de ses engagements familiaux antérieurs. Ensemble, ils voyagent à travers la France, de la Méditerranée à la Bretagne, et s’installent parfois en villégiature, où Jeanne peint des scènes de jardin et des natures mortes.
Cette période aux côtés de Signac permet à Jeanne Selmersheim-Desgrange de se consacrer pleinement à la peinture et de perfectionner sa technique divisionniste. Inspirée par les principes formulés par Seurat et diffusés par Signac, elle utilise le mélange optique des couleurs, la séparation des éléments du tableau (couleur locale, lumière, ombres) et l’équilibre des contrastes.
Sa touche, plus large que celle des pionniers, s’accorde avec les évolutions du néo-impressionnisme au début du XXᵉ siècle. Ses huiles et aquarelles révèlent une grande maîtrise de la lumière et des harmonies colorées, avec des paysages méditerranéens, des ports, des vues de Provence, Bretagne et Ardèche, ainsi que des natures mortes et des scènes intimistes — tables dressées ou fenêtres ouvertes sur des jardins — introduisant un registre domestique et contemplatif. Ses aquarelles se distinguent par leur transparence et la précision dans la capture des variations lumineuses.
Bien que sa carrière publique reste discrète, Jeanne Selmersheim-Desgrange contribue significativement au maintien et au renouvellement du néo-impressionnisme au XXᵉ siècle. Sa correspondance, ses archives et ses œuvres documentent un engagement artistique constant et une maîtrise affirmée de la lumière et de la couleur.
Elle présente ses œuvres dans des expositions personnelles et collectives dès le début du XXᵉ siècle. Parmi ses expositions personnelles figurent celles de 1901 (Charles Hessèle, Paris), 1931 (galerie Jacques Rodrigues-Henriques, Paris) et 1967 (Saint-Jeoire-en-Faucigny, organisée par Paul Gay). Elle participe également à de nombreux salons et expositions collectives : Salon des Beaux-Arts (1901, 1904), Salon des Artistes décorateurs (1907), Salon des Indépendants (1911–1914, 1939), Trente ans d’Art Indépendant (1926), ainsi que des expositions posthumes ou thématiques au XXᵉ siècle à Paris, Bruxelles, New York et Saint-Tropez. Ses œuvres figurent dans plusieurs collections publiques : Musée de l’Annonciade à Saint-Tropez, Musée de Grenoble, Ateneum d’Helsinki (à vérifier), et l’Indianapolis Museum of Art Collection (USA).
Collections publiques
Musée de l’Annonciade, Saint-Tropez, France
Musée de Grenoble, France
Ateneum d’Helsinki, Finlande
Indianapolis Museum of Art Collection, USA
