Biographie
« Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »
Maurice Denis in Art et Critique, 1890
Maurice Denis (1870-1943) est un peintre, décorateur, écrivain et théoricien français, figure majeure du symbolisme et membre fondateur du groupe des Nabis. Par son œuvre comme par ses écrits, il joue un rôle essentiel dans l’émergence de la modernité picturale, en affirmant la primauté de la surface, de la couleur et de l’ordonnance décorative sur l’illusion naturaliste.
 
Né le 25 novembre 1870 à Granville (Manche) et élevé à Saint-Germain-en-Laye, où il vivra presque toute sa vie, il découvre très tôt sa vocation artistique. En 1888, il entre à l’Académie Julian à Paris. Il y rencontre Paul Sérusier, qui lui transmet les principes du synthétisme issus de l’enseignement de Paul Gauguin à Pont-Aven. Autour de ces jeunes artistes se constitue le groupe des Nabis, auquel participent également Pierre Bonnard et Édouard Vuillard. Surnommé le « Nabi aux belles icônes », Denis en devient le principal théoricien.
 
En 1893, il épouse Marthe Meurier, qui devient une figure centrale de son univers pictural. Les scènes d’intimité familiale, les maternités et les silhouettes féminines dans des paysages paisibles traduisent l’importance de la sphère domestique dans son inspiration. Père de plusieurs enfants, il puise durablement dans ce cadre familial une source de sujets empreints de douceur et de spiritualité. Après le décès de Marthe en 1919, il se remarie en 1922 avec Elisabeth (Lisbeth) Graterolle, et poursuit son œuvre dans la maison du « Prieuré » à Saint-Germain-en-Laye, aujourd’hui musée consacré à son travail.
 
Dès 1890, dans son article fondateur « Définition du néo-traditionnisme », il affirme qu’un tableau est avant tout « une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ». Cette formule marque une rupture décisive : elle fonde une conception autonome de la peinture qui influencera les recherches du fauvisme, du cubisme et de l’abstraction. Sa production des années 1890 se caractérise par des aplats colorés, des contours synthétiques et une stylisation décorative, mêlant symbolisme et spiritualité. Inspiré par l’art médiéval et la première Renaissance italienne, notamment Fra Angelico, il cherche à concilier modernité formelle et tradition spirituelle.
 
Parallèlement à ses tableaux de chevalet, Maurice Denis développe une œuvre décorative ambitieuse. Fidèle à l’idéal nabi d’un art intégré à l’architecture, il réalise de nombreux ensembles monumentaux, tant profanes que religieux, en France et à l’étranger. Les thèmes religieux, les scènes familiales et les paysages d’Italie ou de Bretagne structurent une œuvre où la figure humaine occupe une place centrale, traitée avec sobriété et harmonie.
 
À partir des années 1910, son style évolue vers un classicisme renouvelé, sans renoncer à ses principes synthétiques. En 1912, il publie Théories 1890-1910. Du symbolisme et de Gauguin vers un nouvel ordre classique, synthèse de sa pensée esthétique. Profondément attaché au renouveau de l’art sacré, il fonde en 1919 avec George Desvallières les Ateliers d’Art sacré, affirmant sa volonté de réinscrire la création contemporaine dans une tradition chrétienne vivante.
 
Élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1932, Maurice Denis demeure, jusqu’à sa mort en 1943 à Paris, une figure centrale de la scène artistique française. Théoricien lucide et peintre d’une grande cohérence, il laisse une œuvre considérable qui se situe à la croisée du symbolisme, du décoratif et d’un classicisme modernisé, et qui a durablement marqué l’histoire de l’art du XXᵉ siècle.
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