L'ESPRIT FRANÇAIS: JANICE BIALA
« Je n’aurais aucun intérêt pour le Paradis s’il ne ressemblait pas à la France. »
— Biala, lettre à Jack Tworkov, 3 décembre 1947
La galerie Pavec a le plaisir d'annoncer la première exposition personnelle à Paris depuis trente-huit ans de la peintre expatriée Janice Biala, figure majeure de la scène artistique franco-américaine. Intitulée Biala : l'esprit français, l'exposition couvre quatre décennies de création et met en lumière plusieurs des thèmes les plus emblématiques de l'artiste : natures mortes, intérieurs et scènes de rue. L'exposition est accompagnée d'un catalogue illustré, comprenant une préface de Pauline Pavec, une introduction du spécialiste de Biala, Jason Andrew, ainsi que la réédition d'un essai rare datant de 1952 et signé du célèbre critique d'art français Guy Weelen.
Biala (1903, Biala, Pologne ; 2000, Paris, France) était une peintre américaine d'origine polonaise connue à Paris et à New York pour sa sublime assimilation de l'école de Paris et de l'école new-yorkaise de l'expressionnisme abstrait. Au cours de ses huit décennies de carrière, son œuvre s'est caractérisée par une réinterprétation moderniste de thèmes classiques tels que les paysages, les natures mortes et les portraits, animés gestuellement par des coups de pinceau ponctués et soutenus par son sens aigu de l'observation.
« À la galerie Pavec, nous nous engageons à mettre en lumière des artistes singuliers, souvent des femmes, dont l'importance n'a pas été pleinement reconnue par l'histoire. C'est dans cet esprit que l'œuvre de Biala a immédiatement trouvé une résonance en moi. Elle m'a frappée par sa force, son indépendance, et sa capacité à faire le lien entre deux mondes artistiques : Paris et New York. Biala incarne ce dialogue transatlantique qui a façonné tout le XXe siècle, et c'est un véritable bonheur de ramener cette œuvre à Paris. »
- Pauline Pavec, Galerie Pavec
Paris a joué un rôle déterminant dans la vie et l'œuvre de Janice Biala, agissant à la fois comme un refuge créatif et une source d'inspiration inépuisable. Elle confie un jour au romancier et théoricien de l'art André Malraux que c'est grâce à Porthos, le protagoniste des Trois Mousquetaires, qu'elle devient artiste. Arrivée à Paris en avril 1930, Biala rencontre par hasard l'écrivain anglais Ford Madox Ford, avec qui elle vit et collabore. Elle s'immerge alors dans les milieux artistiques et intellectuels bouillonnants de la capitale, s'imprégnant pleinement de la culture moderniste européenne. Elle tisse des liens durables avec d'importantes figures du modernisme telles qu'Ezra Pound, Gertrude Stein, George Antheil, Constantin Brancusi, Henri Matisse et Pablo Picasso.
Biala fait preuve d'une ténacité farouche, d'audace et de détermination, et Paris lui offre une liberté et une inspiration nouvelles, un contraste saisissant avec les contraintes qu'elle connaît en tant que femme en Amérique. Les rues, les cafés et la lumière de Paris imprègnent son œuvre d'une clarté lyrique singulière. Même après la mort de Ford et son évasion héroïque du régime nazi au début de la Seconde Guerre mondiale, Biala reste profondément nostalgique de Paris. Elle obtient d'ailleurs une place sur l'un des premiers navires de passagers autorisés à y retourner après la guerre.
Elle s'installe définitivement à Paris, où elle devient une figure emblématique du cercle des expatriés américains. Dans son atelier, Biala se tient au carrefour de l'École de Paris et de l'expressionnisme abstrait de l'École de New York, deux mouvements artistiques qu'elle maîtrise parfaitement. En 1949, elle reçoit une mention honorable spéciale au Prix de la Critique, une première pour une artiste étrangère. La singularité de son travail l'amène à collaborer avec d'importantes galeries et personnalités du monde de l'art, telles que Jeanne Bucher (Galerie Jeanne Bucher), Jean-Robert Arnaud (Galerie du Point Cardinal), et la Galerie Jacob, pour n'en nommer que quelques-unes. Ses œuvres figurent aujourd'hui dans les collections du Centre National des Arts Plastiques (CNAP), du Centre Pompidou (MNAM-CCI), des Fonds Régionaux d'Art Contemporain (FRAC), du Musée Ingres Bourdelle, et plus récemment dans celle du Musée d'Art Classique de Mougins, entre autres.
Pour Biala, Paris ne se limite pas à un simple décor : la ville constitue le noyau de son identité artistique et intellectuelle. Son architecture et son rythme animent son œuvre, non pas toujours sous forme de représentations directes, mais à travers une recherche intime d'équilibre, de clarté et de lyrisme. Jusqu'à sa mort en 2000, Paris reste son ancrage spirituel et créatif, le lieu où son regard artistique s'affirme, s'épanouit, et atteint sa pleine maturité.
Trente-huit ans se sont écoulés depuis la dernière exposition personnelle de Biala dans une galerie parisienne. Cette nouvelle exposition rend hommage à une artiste qui, en réalité, n'a jamais quitté Paris.
- Jason Andrew, 2025
