TIENS,

MAIS C'EST UN ALIMENT BLANC

ROBERT MALAVAL

Du 10 février au 12 mars 2022

Vue d'exposition Robert Malaval
Vue d'exposition Robert Malaval

Photos Sarkis Torossian

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Vue d'exposition Robert Malaval
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Vue d'exposition Robert Malaval
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ROBERT MALAVAL Avancée d’Aliment blanc 1961 Techniques mixtes, tableau relief 50 x 73 x 06 cm ROBERT MALAVAL L’Aliment blanc noyau cristallin 1963 Techniques mixtes sur papier marouflé sur toile 50 x 65 cm

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Vue d'exposition Robert Malaval
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Photos Sarkis Torossian

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Tiens mais c’est un aliment blanc.

 

Il s’agit du titre, semble-t-il, de la dernière œuvre de la série l’Aliment blanc de Robert Malaval. Mais c’est aussi ce que me dit une de mes médecins il y a quelques années. Vous avez souffert, madame, de l’aliment blanc. N’avez-vous jamais entendu parler de l’aliment blanc ? Si, bien sûr, je connaissais celui d’un artiste niçois bien célèbre, mais elle ne voyait vraiment pas. Ce Malaval est-il médecin ? L’aliment blanc, m’instruisait donc cette professionnelle très sérieuse, tandis que je me bidonnais en imaginant Malaval en blouse immaculée, stéthoscope à la main, est une bizarrerie plutôt connue des nutritionnistes et des pédiatres. Un jour, alors que rien ne le prédispose particulièrement à cette inclination, un enfant qui auparavant se réjouissait à l’idée de dévorer des purées vivement colorées de carottes ou d’épinards, se met subitement à ne se sustenter que de mets blancs. Ou quasi blancs : pain, beurre, fromage, lait, blanc de poulet, pâtes, et pour les plus téméraires pommes de terre à la chair pâle. Je découvrais, avec une joie non feinte, que j’avais traversé, avec plus ou moins bonheur, un autre Aliment blanc à l’enfance.

 

J’avais jusque-là d’abord perçu cette série de Malaval sous l’angle de la maladie dont les symptômes se voient : bubons explosifs, cicatrices texturées, excroissances écœurantes, quelque chose qui me rappelait les moulages en cire d’affections de la peau du Musée des Moulages de l’hôpital Saint-Louis. Mais cette discussion m’apprenait aussi autre chose : il y avait quelque chose de plus enfoui dans l’Aliment blanc. Pas seulement les cocons de vers à soie qui avaient tant fasciné Malaval lorsqu’il les élevait dans les Basses-Alpes au début de sa vie d’artiste, pas seulement non plus la vision horrifique d’asticots sur une charogne, qu’il revendiquait également. Peut-être, spéculons, quelque chose comme la nausée permanente, un haut-le-cœur indétectable en surface. Malaval lui-même écrivait : « Un jour, je me moucherais un peu plus fort qu’à l’ordinaire, et quelque chose passerait à travers mon nez. Quelque chose d’anormalement gros et mou. Un morceau de cerveau qui se sera arraché, une matière comme une muqueuse, un morceau de l’intérieur du nez lui-même. »[1] Ce ne sont pas les objets qui subissent leur recouvrement par l’Aliment blanc – comme on attrape par exemple la gale ou la teigne : ce sont eux-mêmes qui vomissent, et avec tellement d’opiniâtreté, ce qui leur est devenu insupportable.

 

Camille Paulhan

 

 

[1] Écouter « Malaval est une étincelle ! », Les passagers de la nuit, France culture, 13 janvier 2011.