RONDE DES COEURS

KARINE ROUGIER  |  JACQUES PRÉVERT

Du 23 mai au 15 juin 2019

Ils entrent en nombre,
dés à lancer pour chemins dans le vide,
pieds en rafale sur le sol,
corps nus jetés dans la lumière d’on ne sait où, précipitation sans parole sous des ciels assourdis.

Ils dansent en ronde,
au chant des mouvements et des souffles amplifiés

— inspiration, extension, expiration, compression — ils s’approchent, ils s’enlacent,
s’enveloppent, se touchent, s’attachent,

main dans la main — et si les doigts glissent dans une paume moite d’avoir serré trop fort, ils attrapent le poignet le coude ou l’épaule, ils trouvent une prise peu importe laquelle,

 

pour ne rien laisser filer de l’autre, de son rythme, de son élan, pour tenir bon le corps qui danse et entraîne, mais pourrait bien s’enfuir.

Ils forment un monde,
joue contre sein, petit corps sur plus grand,
pinceau contre peau,
œil renversé, masques tombés, remis, changés, changeants,

Il se pourrait qu’il n’y ait bientôt plus de contours, plus de corps à soi devant le corps de l’autre.

Il se pourrait que la scène s’efface comme elle est née
— seul souvenir : la poussière de leurs gestes, un brouillard coloré au revers des paupières —

il sera plus facile de dire qu’on a rêvé. 

Nina Léger, 2019