Ca brille, ça claque, ça rutile, ça gicle, ça bouge, ça explose, ça envahit l'espace, ça aveugle, ça défie tous les conformismes, c'est une peinture suicide, c'est une peinture passion, c'est désespéré et tonique, c'est noir et or, c'est noir et argent... Ce sont des tableaux récents, vastes et luxueux, splendides, fastueux, triomphants, d'un artiste kamikaze qui préfère les fêtes du rock aux liturgies compassées de l'art contemporain, d'un artiste qui préférera toujours tourner casaque plutôt que de prospérer dans une voie explorée, tracée, reconnue, un artiste qui a toujours fui le "style" comme la peste et l'académisme, fut-il "avant-gardiste", comme le choléra. Sa maladie à lui, c'est la vie, remplie de décibels, d'amours, de "trips" ou de déserts. Ce qui le dévore, depuis "l'aliment blanc" et même avant, c'est de faire un art qui s'empare du monde, le transforme au point de le rendre méconnaissable, où tout ne serait plus que "luxe calme et volupté", où tout le monde serait "cool". Aujourd'hui c'est par des flots, des torrents, des cascades de paillettes jetées, lancées, répandues sur le fond noir de ses toiles, qu'il déchire les ténèbres d'un monde qui paraît de plus en plus s'assombrir. Si dans cette poussière d'étoiles de pacotille, nous ne voyons que du "toc", c'est à désespérer du regard et de l'imaginaire. La peinture de Malaval est résolument hors les normes, son élan fulgurant met le feu aux regards comme les rêves éclairent nos nuits, elle n'est d'aucune école, d'aucune mode, impondérable. Du côté d'une marginalité rayonnante, elle ne cessera jamais d'être à découvrir comme l'ombre et la nuit de l'espace céleste, les bonheurs et les angoisses de l'âme, ou les deux faces d'un éternel Janus. Le chant profond de ces toiles de Malaval, leur scintillement si proche et pourtant si lointain nous vient de firmaments encore inconnus. 

Extrait du texte de Jean-Louis Pradel, "A propos de 6 tableaux inédits...", février 1980 in Catalogue Robert Malaval, œuvre gravé et multiples, musée des Beaux-Arts de Chartres, Chartres, 1984, p. 42

ROBERT

MALAVAL