Dans les titres que Malaval donne à ses reliefs et sculptures-objets, il y a, assez souvent, des indications qui peuvent venir orienter les bribes de récits que nous nous racontons. L'aliment blanc parfois habite quelque part. Il se fabrique un "nid". Il a diverses "façons d'être" et Malaval est en quelque sorte le zoologue de l'aliment blanc, peut-être son psychologue, ou son ethnologue. On observe parfois (cette fois en chimiste) une "cristallisation" d'aliment blanc et l'on note son "développement exceptionnel". Ce qui semble indiquer qu'il y a un développement normal, une croissance ordinaire de l'aliment blanc. Il arrive à Malaval de designer quelque chose comme "le véritable aliment blanc". Cela laisserait supposer qu'il existe aussi des aliments blancs factices et trompeurs, des simulacres d'aliments blancs. Certains aliments blancs (la plupart sans doute) ne conviennent qu'à des sédentaires et parasitent leurs meubles et immeubles. Mais il existe des "aliments blancs de voyage"...

Tous les aliments blancs ne sont pas de même nature. On rencontre parfois des "spécimens rarissimes". Ils sont souvent calmes, presque immobiles en apparence, d'une tranquillité trompeuse. Mais ils peuvent aussi montrer une "agitation patibulaire". Ils peuvent prendre diverses formes, parfois celle d'une fleur et s'épanouir. Ils s'attaquent au temps pour le perturber, pour le rendre "déliquescent". Ils gargouillent. Ils "bouibouillent". "Hiératique et filandreux", l'aliment blanc parfois est simultanément du côté du sacré et de celui des mauvaises nourritures. Il se transforme, être d'une autre planète peut-être, "mutant". Etrange instrument de torture, il écartèle les sièges. Fétichiste peut-être, l'aliment aime les chaussures et s'y installe. Etre religieux, il occupe parfois les "prie-Dieu". 

Extrait du texte de Gilbert Lascault,

in Livre Malaval, Art Press & Flammarion, Paris, 1984, p. 37

ROBERT

MALAVAL