Biographie
«  J’ai toujours répondu que ça me paraissait être dans l’ordre des choses. Peut-être parce que les peintures murales ne disparaissent jamais vraiment, elles perdurent sous les couches qui les recouvrent. »

Flora Moscovici est née en 1985, elle vit et travaille à Paris.

 

En pensant la peinture comme une seconde peau qui épouse aussi bien l’architecture que de multiples supports, les interventions de Flora Moscovici nous révèlent la profondeur picturale des espaces dans lesquels elle est invitée. Elle recouvre et révèle simultanément l’environnement et ses usages, en adaptant sa technique en fonction du contexte (pigments appliqués à la brosse, peinture acrylique pulvérisée au pistolet, chaux, tempera...). La lumière et le vide sont au cœur de sa recherche, permettant d’observer un lieu nu, au-delà de sa fonctionnalité. Ses peintures modifient la perception de l’espace et convoquent différentes temporalités, celle du geste pictural, la mémoire du lieu, et l’histoire de la peinture entre sacré et vernaculaire.

 

Le travail de Flora Moscovici a été exposé entre autres, au MAMAC à Nice, au Centre Pompidou à Paris, au Musée des Beaux Arts de Rennes, au Frac Nouvelle-Aquitaine à Bordeaux ou durant le Voyage à Nantes. Elle a aussi réalisé des commandes pour la Villa Albertine à New York, la Maison Hermès, le Ministère de la Culture ou le CNAP.

Œuvres
  • FLORA MOSCOVICI, Peinture pour "vert" the drawer, 2019
    Peinture pour "vert" the drawer, 2019
  • FLORA MOSCOVICI, Peinture pour «vert» the drawer, 2019
    Peinture pour «vert» the drawer, 2019
  • FLORA MOSCOVICI, Sans titre , 2019
    Sans titre , 2019
  • FLORA MOSCOVICI, Sans titre , 2018
    Sans titre , 2018
  • FLORA MOSCOVICI, Sans titre , 2018
    Sans titre , 2018
  • FLORA MOSCOVICI, Sans titre , 2018
    Sans titre , 2018
Vidéo
Expositions
Texts
« Depuis plusieurs années, Flora Moscovici imprègne : des bâches, des plafonds, des sols, des vête- ments, des tentures, des autobus, des poteaux, des drapeaux, des cimaises lisses comme des murs de moellons. Ses pigments pénètrent les surfaces, se fondent dans les espaces, font corps avec eux, tolèrent une vie propre, parfois même un certain étiolement au fil du temps. Les peintures de Flora Moscovici ne sont pas, selon la formule consacrée, une «fenêtre ouverture sur». Elles débordent, elles ne tiennent pas en place, et leur puissance colorée se diffuse au-delà des supports : dans nos rétines, peut-être, d’ailleurs. Elles acceptent très bien leur volatilité, leur vibration si singulière.
Quand elle propose des projets in situ, Flora Moscovici cherche des points de départ et les suit sans connaître à l’avance la forme finale. Elle fait des repérages, se promène, photographie, consulte des archives, compose un nuancier mental qui lui permettra par la suite de trouver les meilleures teintes. Pour Ville Songe, elle a choisi de travailler directement sur les murs en béton des terrasses du MAMAC, acceptant les aspérités du support.
Elle opère ici à la brosse, en différents jus teintés de pigments, dont elle imbibe par frottages suc- cessifs la surface monochrome d’origine. Son geste de peintre repose sur la mise en avant de la présence de la main, et pas sur son effacement. Ses grandes peintures assument pleinement leur dimension processuelle, leur lente montée, leurs tâtonnements sans doute, leur achèvement éloigné de leur entame.
Flora Moscovici le sait : la Côte d’Azur, dont l’appellation est d’un usage récent, a fait une utilisation politique de la couleur. L’écrivain Stéphen Liégeard, originaire de Côte-d’Or, étrenne « la Côte d’Azur » dans son ouvrage éponyme (1887) : le « pays bleu », comme qu’il l’appelle également, prend alors sa couleur définitive. L’imagerie publicitaire, touristique, la communication politique suivent, faisant du bleu « azur » ou supposé tel une marque locale. À Nice, la couleur est au fil des années prise d’as- saut par le récit, et c’est ce que Flora Moscovici a décidé de contourner pour mieux l’appréhender. Au MAMAC, elle a pris pour point de départ les teintes si singulières des architectures de la ville. Le béton gris aux aspérités visibles devient pour elle une forme de peau, sur laquelle elle déploie une immense peinture immersive. Dans ses recherches pour Ville Songe, l’artiste s’est penchée sur la façon dont la cité s’est construite en accompagnant l’exotisme promis aux hivernants, notamment en s’inspirant des polychromies des façades de l’Italie voisine. Contrairement à d’autres localités, Nice a inventé son propre esprit pittoresque, dans un syncrétisme architectural composite reposant sur une supposée authenticité.
*Note: Non, la Côte d’Azur n’est pas d’abord bleue. Pour ma part, elle a même d’emblée été profon- dément rouge. Je venais d’arriver à Nice, et je n’avais pas encore vu le front de mer, j’avais décidé de faire un détour par le marché aux fleurs du Cours Saleya. La façade de l’église avait attiré mon attention, son côté peut-être quelque peu carton-pâte, incarnation idéale de ce que j’imaginais de l’architecture niçoise. Une affichette à l’entrée m’indiquait qu’il s’agissait là de la chapelle de la Confrérie de la Très Sainte Trinité et du Saint Suaire, autrement dit des Pénitents Rouges. Ai-je vu, ce jour-là, ne serait-ce qu’un seul Pénitent rouge ? Je ne m’en souviens pas, mais ce sont bien ces robes rouges qui sont aujourd’hui pour moi la meilleure réminiscence colorée que j’ai de Nice. Avoir appris qu’il existait aussi dans la ville des confréries de pénitents bleus, blancs ou noirs n’y change rien. Avoir déboulé sans crier gare quelques minutes après cette découverte, après avoir contourné un simple pilier, sur la - pourtant très azurée - Plage des Ponchettes non plus. La mer Méditerranée me semblait d’ailleurs singulièrement terne au regard de cette révélation aux teintes de coquelicot. Je ne sais pas si Flora Moscovici a de sa propre ville songe une image aussi rouge écrevisse que la mienne ; mais je me plais à imaginer que son titre, au-delà des images d’Épinal étouffantes de la Côte d’Azur, se lit également au pluriel.»
 
Camille Paulhan, Ville Songe.
Texte paru dans le journal de l’exposition. MAMAC, Nice, 2022
 
Foires