« Nous savons bien, n'est-ce pas, que les arbres ne sont pas violets, que les cheveux d'une brune ne sont pas bleus, que les redingotes sont en drap noit - que les visages ne sont pas criblés de confette multicolores donc si nous voulons imiter tout cela, inutile d'employer à cette besogne nos belles couleurs. Nous voulons autre chose, voilà pourquoi nous divisons et nous contrastons. »
PAUL SIGNAC
Peintre néo-impressionniste, aquarelliste et théoricien de l’art.
Issu d’une famille de commerçants parisiens, Paul Signac manifeste très tôt un intérêt pour la peinture. Autodidacte, il abandonne ses études après la découverte des œuvres de Claude Monet et fréquente rapidement les milieux artistiques d’avant-garde. En 1884, il participe à la fondation de la Société des Artistes Indépendants, créée pour offrir aux artistes un espace d’exposition libre de tout jury et de toute récompense. La même année, sa rencontre avec Georges Seurat marque un tournant décisif. Ensemble, ils élaborent les principes du néo-impressionnisme, mouvement fondé sur la division des couleurs et leur recomposition optique par le regard du spectateur, qui renouvelle profondément la peinture de paysage à la fin du XIXᵉ siècle.
Après la disparition de Seurat en 1891, Signac poursuit le développement du néo-impressionnisme et en devient le principal théoricien. En 1899, il publie D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, ouvrage dans lequel il expose les principes du divisionnisme et retrace l'évolution de la peinture moderne. À la tête de la Société des Artistes Indépendants, dont il devient président en 1908, il défend les artistes de son temps et contribue à faire connaître de nouvelles générations de peintres. Parallèlement à son activité de peintre, il constitue une importante collection d'œuvres de ses contemporains, parmi lesquels Georges Seurat, Camille Pissarro, Henri-Edmond Cross, Maximilien Luce, Vincent van Gogh, Paul Cézanne, Henri Matisse et Pierre Bonnard. Cette collection témoigne de ses liens avec les principaux acteurs de la peinture moderne et de son intérêt pour les recherches de son époque.
Tout au long de sa carrière, Signac privilégie les paysages, les ports et les scènes maritimes. Installé à Saint-Tropez à partir de 1892, il trouve dans les côtes méditerranéennes un terrain d'observation privilégié des effets de lumière. Inspiré par les principes élaborés avec Seurat, il utilise la juxtaposition de touches colorées et le mélange optique des couleurs. Au fil des années, sa touche devient plus large et plus libre, tandis que ses harmonies chromatiques gagnent en intensité. Ses huiles comme ses aquarelles se distinguent par une grande attention portée à la lumière, à la construction de l'espace et à l'équilibre des couleurs.
À partir des années 1900, Signac accorde une place croissante à l’aquarelle, qu’il considère comme un médium à part entière. Réalisées au cours de ses nombreux voyages le long des côtes françaises et européennes, notamment avec Jeanne Selmersheim-Desgrange, peintre néo-impressionniste avec laquelle il aura une fille, Ginette, née en 1913, ses aquarelles lui permettent de saisir rapidement les paysages, les variations de lumière et les atmosphères des lieux qu’il découvre. Plus libres dans leur exécution que ses peintures à l’huile, elles restent néanmoins liées à la rigueur de sa construction picturale. Dans les dernières années de sa vie, il entreprend notamment un vaste ensemble consacré aux Ports de France, célébrant la diversité des paysages portuaires du pays.
Figure majeure de la peinture moderne, Paul Signac contribue durablement au développement et au rayonnement du néo-impressionnisme. Par son œuvre, ses écrits et son engagement auprès des artistes, il exerce une influence déterminante sur les générations suivantes, notamment sur les Fauves, qui trouvent dans sa libération de la couleur un point de départ essentiel à leurs propres recherches. Ses peintures et ses aquarelles demeurent aujourd’hui parmi les expressions les plus accomplies de la lumière et de la couleur au tournant des XIXᵉ et XXᵉ siècles.
Ses œuvres sont présentées dans les principales manifestations artistiques d’avant-garde dès les années 1880. Parmi ses expositions personnelles figurent notamment celles de la galerie Bing (1892), de la galerie Druet (1904), de la galerie Bernheim-Jeune (1907) et plusieurs expositions consacrées à ses aquarelles dans les années 1920 et 1930. Il participe également à de nombreuses expositions collectives : Salon des Artistes Indépendants (dès 1884), Les XX à Bruxelles, La Libre Esthétique, Salon des Cent, Exposition universelle de 1900, Biennale de Venise, ainsi qu’à de nombreuses manifestations internationales en France, en Belgique, en Allemagne et aux États-Unis. Depuis sa disparition en 1935, son œuvre fait régulièrement l’objet de rétrospectives dans les plus grands musées français et étrangers, consacrant son rôle majeur dans l’histoire de la peinture moderne.
