Biographie
« Soutine est peut-être, depuis Rembrandt, le peintre chez lequel le lyrisme de la matière a le plus profondément jailli d’elle, sans tentative aucune d’imposer à la peinture, par d’autres moyens que la matière, cette expression surnaturelle de la vie visible qu’elle a charge de nous offrir. »
- Élie Faure, historien de l’art, 1929

Chaïm Soutine, figure majeure de l’École de Paris, naît en 1893 à Smilavitchi, alors située dans l’Empire russe (aujourd’hui en Biélorussie), au sein d’une modeste famille juive. Manifestant très tôt un goût pour le dessin malgré la forte opposition de sa famille, il entreprend une formation artistique à Vilna avant de partir pour Paris en 1913. Il s’inscrit alors à l’École des beaux-arts et étudie dans l’atelier de Fernand Cormon, tout en s’immergeant dans l’effervescence artistique de Montparnasse.

 

À Paris, Soutine noue des liens étroits avec d’autres artistes émigrés, notamment Amedeo Modigliani, qui peint son portrait et le présente à d’influents marchands d’art. Durant ces années de formation, Soutine connaît une extrême pauvreté tout en élaborant un langage pictural profondément personnel, caractérisé par des déformations expressives, une matière épaisse et une touche ardente, presque tourmentée.

 

Un tournant décisif dans sa carrière survient au début des années 1920, lorsque le collectionneur américain Albert C. Barnes acquiert un ensemble important de ses peintures pour la Barnes Foundation. Ce soutien apporte à Soutine une reconnaissance internationale ainsi qu’une certaine stabilité financière. Tout au long des années 1920, il réalise plusieurs de ses séries les plus célèbres : les paysages saisissants de Céret et de Cagnes, les natures mortes viscérales représentant des carcasses suspendues et du gibier, ainsi que des portraits pénétrants de modèles issus de milieux modestes — pâtissiers, enfants de chœur, femmes de chambre — auxquels il confère une remarquable intensité psychologique.

 

Séjournant à plusieurs reprises à Céret, puis à Cagnes-sur-Mer, dans le sud de la France, Soutine métamorphose villages et paysages en compositions tourbillonnantes, presque convulsives, où l’architecture se plie et où la couleur vibre avec une puissante charge émotionnelle. Son admiration pour les maîtres anciens, en particulier Rembrandt et Chardin, nourrit son exploration de la chair, de la matière et de la lumière, tandis que la force brute de son expression annonce certains développements ultérieurs de l’expressionnisme abstrait.

 

Malgré une reconnaissance croissante, Soutine demeure solitaire et profondément introspectif. Dans les années 1930, sa palette s’éclaircit et ses compositions gagnent en clarté structurelle, tout en conservant leur tension dramatique. Artiste juif dans la France occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, il est contraint de vivre dans la clandestinité. En 1943, souffrant d’un ulcère perforé, il est transporté clandestinement à Paris afin d’y être opéré. Il y meurt à l’âge de cinquante ans.

 

Après sa disparition, la réputation de Soutine ne cesse de grandir. D’importantes rétrospectives organisées en Europe et aux États-Unis conduisent à une réévaluation de sa contribution à l’art moderne et consacrent son rôle essentiel de trait d’union entre le postimpressionnisme et les mouvements expressionnistes de l’après-guerre. Ses œuvres rejoignent de prestigieuses collections publiques et privées, notamment celles du Musée d’Art moderne de Paris, du Centre Pompidou, de la Barnes Foundation à Philadelphie et du Metropolitan Museum of Art à New York.

 

Aujourd’hui, Chaïm Soutine est considéré comme l’un des peintres les plus singuliers du XXe siècle. La puissance émotionnelle de sa matière picturale, le caractère viscéral de ses sujets et sa quête incessante d’intensité plastique lui ont assuré une place parmi les artistes les plus éminents de l’École de Paris, aux côtés de figures telles que Modigliani et Chagall. Son œuvre continue de fasciner les publics du monde entier.

 

COLLECTIONs publiques (sÉlection)

 

International

Queensland Art Gallery | Gallery of Modern Art, Brisbane, AU
Casa Museu Ema Klabin, São Paulo, BR
Museu de Arte de São Paulo, São Paulo, BR
Art Belarus Gallery / Palace of Art (Belgazprombank), Minsk, BY
Art Gallery of Ontario, Toronto, CA
McMaster Museum of Art, Hamilton, CA
Kunstmuseum Basel, CH
Kunstmuseum Bern, CH
Staatliche Kunsthalle Karlsruhe, Karlsruhe, Germany, DE
Statens Museum for Kunst, Copenhagen, DK
National Gallery of Ireland, IE
Israel Museum, IL
Ohara Museum of Art, JP
Oita Prefectural Art Museum, Oita, JP
The Barnes Foundation, Philadelphia, USA
Metropolitan Museum of Art (The Met), New York, USA
Milwaukee Art Museum, USA
Minneapolis Institute of Art, USA
Museum of Fine Arts, Houston, USA
Museum of Modern Art (MoMA), New York, USA
National Gallery of Art, Washington, D.C., USA
Phillips Collection, USA
Princeton University Art Museum, USA
Worcester Art Museum, USA

 

France

Centre Pompidou (Musée national d’art moderne), Paris
Musée de l’Orangerie, Paris
Musée Calvet, Avignon
Musée de Grenoble, Grenoble

Musée d’Art moderne de Paris, Paris