J’ai rencontré pour la première fois l’œuvre de Bona en lisant il y a longtemps Bona l’amour et la peinture d’André Pieyre de Mandiargues, c’est donc à l’écrivain célèbre qu’elle épouse en 1950 que je dois la découverte de l’œuvre de Bona. Et puis j’ai oublié cette œuvre qui portant m’avait tout de suite touchée, sans doute parce que mon regard n’a pas croisé d’actualité la concernant jusqu’à ce film qui met en scène ses dessins : L’escargot de Vénus réalisé par Walerian Borowczyk en 1975 et programmé ces derniers mois par l’Institut National de l’Audiovisuel, sur sa plateforme en ligne. Même si la rencontre d’une œuvre est une affaire singulière, il me semble que ces années écoulées ne sont pas anodines, à commencer par le nom de Bona, tantôt nommé seulement Bona, ou Bona Tibertelli de Pisis, Bona Pieyre de Mandiargues, ou Bona de Mandiargues selon les temps de sa vie, les gestes de création et les voix qui l’évoquent. Il m’apparaît donc que l’identité et la singularité de Bona sont éclairées (parfois occultées) par une constellation d’artistes. L’œuvre de Bona existe ainsi dans le giron surréaliste, on en retrouve aisément les motifs oniriques et érotiques, comme la variété des formes : dessin, peinture, collage textile, poésie, récit, autobiographie, traduction, apparitions élégantes ainsi qu’un goût pour la collaboration, Bona illustrera notamment des écrits d’André Pieyre de Mandiargues, posera pour Man Ray, fera le portrait d’André Breton comme celui d’Unica Zürn. A l’heure où les scènes internationales remettent à l’honneur les œuvres de Leonora Carrington, Ithell Colquhoun, Valentine Penrose, Toyen, Leonor Fini ou encore Frida Khalo, il me semble important de regarder celle de Bona, or regarder à mes yeux, c’est interagir avec l’œuvre, rêver à partir d’elle, c’est pourquoi Bona Bona Bona se veut une invocation ludique à dimension hagiographique, telle une ombre portée inspirée entre autres par le Portrait d’Unica Zürn et L’escargot de Vénus.